Mon souhait, lorsque j’enseigne la Torah, est que nous apprenions à ne pas nous fier uniquement à la tradition, mais à la Torah elle-même, aux Écritures, car avec le temps, nous en perdons le sens et la raison d’être. Face à ce qui se passe dans le monde, il est plus que jamais temps de revenir à la source de la vie… la Torah.

Dans la Torah, nous rencontrons des pratiques dont nous ne savons plus comment les appliquer aujourd’hui. Il est important de se rappeler que la Torah nous a été transmise il y a plus de 3 500 ans, à une époque où ces pratiques étaient courantes. Aujourd’hui, nous devons en identifier les principes afin de pouvoir les appliquer. Dans la parasha Ki Tetze, le Créateur cherche à protéger les femmes, les animaux et même l’environnement, une notion que nous pensons n’avoir découverte que récemment. Ne sortons pas les choses de leur contexte et n’édictons pas de lois sans en comprendre les principes fondamentaux.

Comparons les valeurs morales de cette époque à celles d’aujourd’hui. Croyez-le ou non, nous sommes aujourd’hui plus barbares qu’il y a 3 500 ans. La parasha commence par décrire la manière dont les soldats israélites devaient traiter les femmes captives de guerre. Nous avons lu les récits effroyables du siècle dernier concernant les abus commis par différentes armées sur leurs captives, notamment la capture et le viol de femmes. En 2020, Daech a kidnappé des femmes et les a réduites en esclavage sexuel. Peu de temps auparavant, le Japon, pays pourtant développé et civilisé, avait fait subir le même sort aux Mandchous et aux Coréens. Aujourd’hui, en 2023, nous avons été témoins des atrocités commises par le Hamas contre les femmes israéliennes.

Ici, le Créateur nous enjoint de respecter la femme. Lorsqu’une femme était faite captive, si le soldat hébreu la désirait, il n’avait pas le droit de la violer ; il devait la respecter. Il devait l’emmener chez lui et lui permettre de faire son deuil pendant un mois, durant lequel il la verrait telle qu’elle était réellement : sans maquillage, sans coiffure sophistiquée ni ongles apprêtés. S’il ne la désirait plus, il n’avait pas le droit de la maltraiter ni de la garder captive. Il devait la respecter et la laisser aller où bon lui semblait. La femme avait également le droit de choisir de l’épouser. Dans le cas contraire, elle pouvait rester captive, mais elle ne pouvait subir aucun abus.

Les principes des Écritures sont d’une profondeur inouïe. Par exemple, dans le judaïsme, le mariage est une « brit », une alliance entre deux personnes ; elle n’est pas unilatérale. Le Créateur a conclu une brit avec Israël lorsqu’il leur a présenté ses Commandements, et ils ont répondu : « Nous ferons et nous obéirons. » Sans les deux parties, il ne peut y avoir d’alliance. Dans la Torah, lorsqu’un père donnait sa fille en mariage à un jeune homme, si elle refusait, elle ne pouvait pas y être contrainte. Voyez comment le Créateur a protégé les femmes, ainsi que l’intégrité de son peuple, Israël.

Il y a deux semaines (au moment du message du rabbin), à Eilat, une jeune fille de 16 ans a malheureusement été victime d’un viol collectif perpétré par des jeunes Israéliens âgés de 17 à 23 ans. Ce drame a jeté une ombre sur Israël, une ombre jusque-là inouïe. Si Israël est tombé si bas, qu’en est-il des autres pays, d’autant plus qu’en Israël, la Torah était enseignée dans sa langue originale à l’école ?

Dans cette paracha, 74 des 613 préceptes nous enseignent clairement la morale : le respect des plus faibles, des animaux et de l’agriculture. Moïse nous dit de ne pas cultiver deux types de cultures ensemble, car l’une pourrait affaiblir l’autre. La loi de « Shatnez » interdit de mélanger des textiles ou des fibres de différentes sortes, car cela fragiliserait le matériau. Il nous était interdit d’atteler deux espèces d’animaux différentes, comme un bœuf et un âne, car l’un est faible et l’autre fort, afin de protéger le plus faible et de ne pas épuiser le plus fort. Il nous était interdit de prendre les œufs d’oiseaux avant que la mère ne se soit envolée, ni, comme dans la parasha précédente, de tuer un veau en présence de sa mère. Toutes ces injonctions nous montrent combien le Créateur se soucie même des plus petites créatures et souhaite que nous prenions soin de sa création. Il veut que nous commencions par nous-mêmes, car si nous ne prenons pas soin de nous-mêmes, comment pourrions-nous prendre soin d’autrui ? Si vous voyez un jeune maltraiter un animal, je peux vous assurer qu’il vous maltraitera aussi. Parfois, nous voyons des jeunes tuer de petits animaux, des oiseaux et des grenouilles avec des carabines à air comprimé parce qu’ils n’ont pas appris à respecter la vie. Toutes ces injonctions nous enseignent que nous ne pouvons pas faire honte aux autres, mais que nous devons respecter leur dignité, y compris celle des animaux.

Que se passe-t-il aujourd’hui dans le monde ? Nous sommes censés être plus avancés et plus civilisés qu’autrefois, et pourtant, nous n’avons jamais été aussi mal. Le commerce du sexe explose à travers le monde, même en Israël. Si notre propre nation y est impliquée, que pouvons-nous attendre du reste du monde ? Les Nations Unies ont été créées pour défendre les plus vulnérables, mais leurs dirigeants sont corrompus, tandis que le reste du monde ferme les yeux et reste sourd. En cette année 2020, nous assistons à une révolution des droits humains dans divers pays, y compris aux États-Unis, mais si certains groupes obtiennent des droits, d’autres en sont privés. Au lieu d’instaurer un dialogue ouvert sur le problème, certains proclament : « C’est l’heure de la vengeance ; c’est l’heure de prendre mes droits », se croyant en droit de s’approprier tout ce qu’ils veulent.

Chacun a le droit de s’épanouir et de prospérer, mais personne n’a le droit d’abuser d’autrui ou de le blâmer pour son sort. Nous demandons à chacun d’agir face à l’injustice au lieu de se contenter de s’en plaindre. Au lieu d’agir et de travailler pour obtenir ce qu’ils désirent, certains groupes exigent que tout leur soit servi sur un plateau d’argent, animés par un sentiment de droit acquis.

Nombreux sont ceux qui ont fui leur pays en quête d’une vie meilleure et qui ont travaillé dur pour réussir. Pourtant, certains nouveaux immigrants, fuyant les catastrophes dans leur pays d’origine, ont importé avec eux les idéaux injustes de ces nations et veulent désormais nous imposer leurs systèmes. La Torah nous enseigne qu’avant de pouvoir conquérir la nouvelle terre, les Israélites ont dû la purifier de toute souillure, notamment des idéologies et des pratiques susceptibles de leur nuire. Les enfants qui ont tout reçu sans effort ne comprennent pas les sacrifices consentis par leurs parents pour les aider dans un nouveau pays. C’est là le concept de « droit acquis ». Le Créateur, par la bouche de Moïse, nous exhorte à la modération. Il nous invite à servir autrui au lieu d’attendre d’être servis, à nous souvenir de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger… de ceux qui ne peuvent subvenir à leurs propres besoins. Il commence par les choses simples, comme prendre soin des oiseaux, de la terre, des animaux et des plus démunis.

Les chapitres 24 et 25 nous apprennent que le divorce a été institué pour protéger les femmes. Le mari devait subvenir à ses besoins jusqu’à ce qu’elle soit financièrement indépendante. Dans l’Israël antique, les femmes ne pouvaient pas travailler et n’étaient donc pas en mesure de subvenir à leurs besoins comme elles le font aujourd’hui. Le divorce était une épreuve très difficile pour une femme ; sans famille, elle pouvait se retrouver sans abri. La Torah prévoyait le « guet », un document remis à la femme lui permettant de divorcer et lui assurant une pension alimentaire. Les mauvais traitements infligés aux femmes étaient interdits.

Notre société a perdu son sens moral. Nous avons accepté le mensonge qui confond liberté et débauche, brouillant la frontière entre le bien et le mal. Nous n’avons pas besoin d’être acceptés par le monde ; nous avons besoin d’être en paix avec le Créateur, le Bore Olam. Nous devons sans cesse nous interroger : en qui ai-je confiance ?

Aujourd’hui, nous avons perdu les droits protecteurs de ceux qui ne peuvent se défendre. Nous avons le féminisme, la libération sexuelle, la libération mentale… tous ces mouvements de libération, mais le problème est que nous avons oublié qu’à la liberté s’ajoute la responsabilité. On ne peut imposer son mode de vie aux autres. Les gouvernements actuels nous imposent des valeurs contraires aux préceptes moraux de la Torah ; le pire, c’est que la majorité se tait par peur des représailles.

Pensez-vous vivre dans une société libre ? Permettez-moi de vous ramener à la réalité. Nous ne sommes plus libres de nous exprimer et de contredire ces groupes ; on nous accuse d’être « phobiques », de haineux. On nous réduit immédiatement au silence. Moïse nous a enjoint de nous préparer à être forts, à être vertueux, non seulement physiquement, mais aussi mentalement et spirituellement, et de ne pas nous laisser séduire ou contraindre par autrui à suivre ses idéaux. Ce n’est pas chose facile, mais nous n’avons pas à plaire au monde ; nous devons plaire à notre Créateur.

Je vous confie tout cela car je traverse une période d’introspection et je tiens à être certain d’avoir été honnête, d’abord envers moi-même, puis envers vous tous, d’avoir parlé en toute sincérité et non par commodité, et de vous avoir partagé ce que le Créateur attend de nous : non pas la religion, ni le respect des traditions, ni l’idolâtrie, mais une relation avec le Créateur qui souhaite notre unité. Lorsque le Créateur est en nous, je vous assure que nous sommes unis dans Sa Vérité. Nous n’avons pas besoin d’être uniformes dans notre expression, mais nous devons être unis dans notre amour de Dieu et de Sa morale. Ce qui est bon pour tous, ou ce qui ne l’est pas, ne l’est pas. Nous ne pouvons plus nous contenter de croire que la Torah est erronée et le monde juste. Soit nous sommes avec Lui, soit nous sommes contre Lui. Toute la semaine, j’ai cherché les domaines où j’ai été trop poli, trop laxiste, ou ceux où j’ai préféré ne pas faire de vagues. Il est temps de dire les choses telles qu’elles sont. Nous ne sommes pas des juges, mais des représentants du Créateur – Il est le Juge suprême.

Ces jours précédant les Fêtes solennelles sont appelés Yamim Norayim (נוראיים ימים), les jours terribles ou merveilleux où nous sommes appelés à reconnaître la miséricorde et l’amour de Dieu pour nous. Pendant cette période, il est toujours bon de faire un bilan personnel de l’année écoulée, non pas sur le plan financier, mais sur notre évolution en tant qu’êtres humains, mentalement, émotionnellement et spirituellement. Posez-vous ces questions : suis-je une meilleure personne ? Ai-je suivi de faux dieux ou suis-je digne du Créateur ? Suis-je pour ou contre notre Créateur ? Il n’y a pas de neutralité. Suis-je trop poli quand il s’agit de défendre la vérité ? Suis-je devenu trop complaisant ? Il n’y a pas de choix en matière de valeurs morales. Soit elles sont bonnes pour tous, soit elles ne sont bonnes pour personne.

Shabbat Shalom

Rabbi Netanel ben Yochanan Z” l