« La vie est un voyage, non une destination. »
Cette parasha, Vayechi, clôt le livre de Bereshit, où nous lisons le récit de la création du monde par nos Pères fondateurs et notre place en son sein. À travers leurs histoires, nous suivons le parcours d’Adam à Noé et la destruction du monde par la perversité humaine ; puis jusqu’à Abraham, qui quitta tout pour suivre le Dieu unique et véritable vers la terre qui deviendrait Israël. Libre à nous d’interpréter ces récits au pied de la lettre ou non, leur importance réside dans l’enseignement qu’ils nous transmettent. Ce passage marque la fin de la vie de nos ancêtres, Abraham, Isaac, Jacob et Joseph, et nous laisse des leçons tirées de leurs vies susceptibles d’enrichir la nôtre. J’ai souligné que la Torah nous montre que nos héros sont profondément humains, avec leurs qualités et leurs défauts, dans l’espoir que nous imitions le bien et évitions le mal. Cela nous enseigne qu’il est toujours moins douloureux d’apprendre des erreurs des autres et que l’introspection est importante car elle nous permet d’assumer la responsabilité de nos actes. Nul n’est parfait, excepté le Seigneur de l’Univers.
Vayechi signifie « et il vécut », comme dans l’histoire de Sarah. Dans les deux cas, il est question de mort, non de vie. J’ai entendu une expression qui m’a profondément marquée : « La vie est un voyage, non une destination. » Après son arrivée en Égypte, Jacob rencontra le pharaon, qui lui demanda son âge. Jacob répondit qu’il avait 130 ans et traversé de nombreuses épreuves. Il se croyait au terme de sa vie et je suis certaine qu’il pensait mourir en Terre d’Israël, alors qu’il se trouvait maintenant en Égypte. Combien d’entre nous, Montréalais, pouvons dire qu’ils ont rêvé, dès l’enfance, de vivre ici toute leur vie ? La plupart d’entre nous n’auraient même pas imaginé y être. Comme Jacob, nous sommes tous en chemin.
Pourquoi Jacob a-t-il fait jurer Joseph à deux reprises de l’enterrer en Israël ? Jacob savait que Joseph était vice-roi et second personnage après le pharaon en Égypte, mais qu’il restait sous la direction du pharaon. Il savait aussi que le pharaon aurait été offensé à l’idée que quiconque puisse préférer être enterré dans un pays aussi insignifiant, plutôt que dans les plus beaux tombeaux d’Égypte, réservés aux personnalités les plus illustres. C’était d’ailleurs l’une des plaintes des Juifs lorsqu’ils pensaient mourir dans le désert : « N’y avait-il pas de plus beaux tombeaux en Égypte ? » (Exode 14,11). Sage, Jacob fit jurer Joseph à deux reprises, sachant que le pharaon souhaiterait qu’il respecte les volontés de son père. Cela déchargea Joseph de ce fardeau et lui permit de témoigner au pharaon le respect dû à son père.
Après leur retour des funérailles fastueuses en Israël, les frères craignaient que Joseph ne se venge d’eux pour ce qu’ils lui avaient fait. Ils ont inventé une histoire selon laquelle leur père leur aurait dit de demander à Joseph de leur pardonner et de leur promettre qu’il ne leur ferait rien. Cela me montre combien il est important de comprendre le véritable sens du pardon. Il arrive que nous ayons demandé pardon à quelqu’un sans pour autant nous sentir pardonnés.
Que faut-il pour se sentir pardonné ? On pourrait entendre : « Je te pardonne, mais je ne veux plus jamais te revoir. » Ce n’est pas du pardon. Pardonner, c’est être prêt à tourner la page et à entamer une nouvelle relation. Ils doutaient que Joseph en fût disposé, même s’il n’avait rien fait pour le démontrer… mais c’est ce qu’ils ressentaient. Finalement, Joseph les rassura en leur disant que Dieu avait utilisé tout ce qu’ils avaient fait pour le bien, afin de les sauver, eux et leurs familles. Cela leur permit de prospérer en Égypte, mais leur voyage ne s’y terminait pas. Ce n’était qu’une étape.
Combien d’entre nous ont interrompu leur chemin, abandonné, pensant que tout était fini ? La vie ne s’arrête pas ! Elle continue même après la mort. Notre destination finale est la Présence du Créateur ; c’est ainsi que nous savons qu’Il est avec nous depuis le commencement. Notre voyage est plus important que la destination finale. L’important est la façon dont nous vivons notre vie ici-bas. C’est le magnifique enseignement de Vayechi. Nous retrouverons nos proches après la mort ; ce n’est pas la fin ; c’est seulement un nouveau départ.
Un bébé passe de l’oxygène qu’il reçoit par le cordon ombilical depuis le ventre de sa mère à la respiration autonome à la naissance. Il traverse littéralement une expérience de la mort imminente pour renaître. La première gifle le ramène à la vie. La Torah nous enseigne que nous sommes nés pour vivre, et non pour mourir, comme beaucoup le croient. Le Créateur a dit : « Aujourd’hui, je vous donne le choix entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Que le ciel et la terre soient témoins de votre choix. Puissiez-vous choisir la vie, afin que vous viviez, vous et votre descendance ! » (Deutéronome 30:19)
Il veut que nous comprenions que nos vies sont importantes, même si nous avons l’impression de n’avoir aucune incidence sur autrui. Nous devons commencer à comprendre que notre simple présence compte. Nous pouvons croire que personne ne remarquera notre absence à l’office du Shabbat, mais c’est tout le contraire. Imaginez si nous ne nous présentons pas au travail et que nous ne prévenons pas notre patron : combien de temps garderons-nous notre emploi ? Pourtant, nous pensons que le Créateur ne remarque pas notre absence au sein de sa communauté. Notre simple présence compte.
חָזַק חָזַק וְנִתְחַזֵק!
Chazaq, Chazaq v’nitchazeq
Soyez forts, soyez forts, soyez fortifiés !
Rabbi Netanel ben Yochanan (Ranebi)
